La goualante du matrimoine

Sur l’air de La Goualante du pauvre Jean, de Marguerite Monnot, 1954, paroles écrites pour la première Journée Internationale du Matrimoine le 19 septembre 2015 à Paris, par les Voix Rebelles

Sappho nous écrit en vers,
Lafayette est romancière,
Sévigné épistolière,
Les oubliez pas !
Sous leur encre sympathique,
Dépoussiérons les classiques,

Refrain :
Ce matrimoine il est à vous !
Oui il est à nous !

Hrotsvita de Gandersheim,
Villedieu, Cath’rine Bernard,
Lenéru et Aphra Behn,
Les oubliez pas !
Rien ne vaut un’ plum’ d’autrice,
De théâtre créatrice, …

Catherine a fait Duch’min
A l’Académie d’peinture,
Rosa fait notre Bonheur,
Les oubliez pas !
Les pinceaux de nos peintresses
En font de grandes maîtresses, …

Nemours et Labill’-Guiard,
Gentileschi et Kahlo,
Anguissola, Morisot,
Les oubliez pas !
Les couleurs de leur palette
Nous sont montées à la tête, …

Libérons Camill’ Claudel,
Ressuscitons Bashkirtseff,
Bourgeois, Fauveau et Steinbach,
Les oubliez pas !
Les ciseaux de nos sculptrices
Creus’nt des lign’s révélatrices, …

Hildegard, Casulana,
Jacquet, Farrenc, Mel Bonis,
Gonzaga et Oum Kalsoum,
Les oubliez pas !
Les clefs de ces musiciennes,
Donn’nt le chant libre aux sirènes, …

Ethel Smyth la suffragette,
Chaminade et Barbara,
Et Marguerite Monnot,
Les oubliez pas !
Les sons des compositrices
Pour des oreilles amatrices, …

Taro, Cahun et Bellon,
Modotti, Henri et Krull,
Meier et Albin Guillot,
Les oubliez pas !
Elles ont eu pour objectif
De rendr’ le monde attractif, …

Hypatie, Aglaonice,
Emilie du Châtelet,
Lovelace et Sophie Germain,
Les oubliez pas !
Inventrices d’inconnues,
Vous êtes enfin reconnues, …

Merian, Villepreux, Royer,
Pelletier, Franklin, Curie,
Germain(e) Tillon, McClintock,
Les oubliez pas !
Femm’s de gènes et de génie,
Savantes inventant la vie, …

Alic(e) Guy, le cinéma,
Musidora, pas qu’une muse !
Germain(e) Dulac, du grand art,
Les oubliez pas !
De l’avant gard’ des images 
Jusqu’à Jacqueline Audry,…

Aglaonice de Thessalie (2è siècle av-JC), physicienne grecque. Première femme astronome, elle connaît la cause des éclipses de Lune et en prévoit le rythme, et la légende raconte qu’elle a le pouvoir de commander à la Lune. Un cratère de Vénus porte son nom.

Laure Albin Guillot (1879-1962), photographe française et figure centrale de la nouvelle photographie des années 1930. Elle oriente sa photographie vers les arts décoratifs et l’abstraction en photographiant des préparations microscopiques et se spécialise parallèlement dans les portraits, les nus et la photographie publicitaire. Elle illustre des livres de Paul Valéry et Pierre Louÿs. Archiviste en chef des Archives photographiques des Beaux-Arts, elle est la première personne nommée conservateur de la Cinémathèque nationale à Chaillot.

Sofonisba Anguissola (vers 1535-1625), peintresse italienne ayant exercé une partie de sa vie à la cour d’Espagne, elle est une des premières femmes peintres à atteindre une réputation internationale. Portraitiste de style maniériste, elle a peint également de nombreux autoportraits.

Jacqueline Audry (1908-1977), cinéaste féministe française. Script-girl dès 1928, elle travaille avec Pabst et Max Ophuls et réalise son premier film en 1943. Admiratrice de l’écrivaine Colette, elle adapte à l’écran Gigi, L’ingénue libertine, Mitsou mais aussi La Garçonne tirée du roman de Paul Margueritte (ouvrage sur l’émancipation des femmes, qui fit scandale lors de sa publication en 1922) et Huis clos de Jean Paul Sartre.

Monique Serf dite Barbara (1930-1997), autrice, compositrice et interprète française. Après avoir chanté Brel et Brassens, Barbara développe un style très personnel dans ses chansons qu’elle interprète en s’accompagnant au piano, d’une poésie sombre et intense, servies par une voix chargée d’une profonde émotion (L’Aigle noir, Nantes, La solitude, Göttingen, Dis, quand reviendras-tu ?). Ayant obtenu de nombreuses distinctions (Prix de l’Académie Charles Cros, Grand Prix national de la chanson, Victoires de la musique), la « dame en noir » développe une relation particulière avec son public (Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous).

Marie Bashkirtseff (1858-1884), peintresse et sculptrice ukrainienne, morte à Paris à 25 ans. Outre son œuvre picturale, elle a contribué à la revue d’Hubertine Auclert « La Citoyenne » et a laissé un important journal.

Aphra Behn (1640-1689), dramaturge et romancière anglaise, saluée par Virginia Woolf comme la première femme de lettres anglaise ayant vécu de sa plume. Elle a écrit de nombreuses pièces de théâtre, dont la comédie L’Ecumeur (The Rovers or the Banish’d Cavaliers, 1677), des romans (Oroonoko, 1688), des poésies, des pamphlets.

Denise Bellon (1902-1999), photographe française proche du mouvement surréaliste. L’une des fondatrices en 1934 de l’agence Alliance Photo, elle est une pionnière du photojournalisme. Elle réalisa des reportages en France, en Espagne, au Maroc, en Tunisie.

Catherine Bernard (1663-1712), poétesse française, autrice de romans et de nouvelles (Inès de Cordoue, 1696), plusieurs fois couronnée par l’Académie Française, elle a fait jouer à la Comédie Française deux tragédies à succès, Laodamie (1689) et Brutus (1690).

Hildegard de Bingen (1098-1179), écrivaine, scientifique et compositrice allemande, abbesse bénédictine fondatrice du couvent de Bingen. Elle développe une intense activité diplomatique, écrit des ouvrages de sciences naturelles et de médecine, rend compte de ses visions mystiques dans des poèmes et en compose la musique. Il nous reste plus de 70 chants monodiques (à une voix) d’un lyrisme intense et un drame liturgique chanté, Ordo virtutum (le jeu des vertus) composé de 80 mélodies. Dans ses lettres aux autorités religieuses de son temps, elle défend le droit des femmes à pratiquer la musique. On s’intéresse aujourd’hui aussi à ses recommandations diététiques.

Rosa Bonheur (1822-1899), peintre et sculptrice française spécialisée dans la peinture animalière, elle peint notamment des vaches et des chevaux. Elle expose au Salon dès l’âge de 19 ans et obtient toute sa vie un très grand succès. Elle a la permission de porter le pantalon – alors interdit aux femmes – pour fréquenter les foires aux bestiaux. Première femme artiste à recevoir la Légion d’honneur.

Mélanie Bonis dite Mel Bonis (1858-1937), compositrice française. Après des études d’orgue et de composition au Conservatoire de Paris, notamment avec César Franck, puis une interruption de ses activités musicales pendant le début de son mariage, elle compose plus de 300 pièces pour piano, musique de chambre, chant, chœur, orchestre. Reconnue par ses pairs, elle occupe une place importante à la Société nationale de musique dont le but est de promouvoir la création musicale en France.

Louise Bourgeois (1911-2010), sculptrice et plasticienne française active à New York et naturalisée états-unienne. Proche des mouvements de l’expressionnisme abstrait et du surréalisme. D’inspiration féministe, ses sculptures et ses installations monumentales exorcisent avec une joie féroce le monde patriarcal de son enfance. Son œuvre pionnière devient célèbre dans les années 1970.

Lucy Schwob dite Claude Cahun (1894-1954), photographe et écrivaine d’origine nantaise liée au mouvement surréaliste. Ses autoportraits photographiques déjouent les normes de genre et manifestent un sens aigu de la performance. De 1940 à 1945, elle participa à la Résistance à Jersey, avec sa compagne l’artiste Suzanne Malherbe (1882-1972).

Maddalena Casulana (1544 ?- après 1583), musicienne italienne, chanteuse, luthiste et compositrice. Ses trois recueils de madrigaux publiés entre 1568 et 1583 et contenant 66 pièces à 4 ou 5 voix sont les premiers ouvrages musicaux d’une femme à avoir été imprimés. Dans la préface de son premier recueil, elle revendique l’égalité des femmes et des hommes dans les domaines intellectuels et artistiques.

Cécile Chaminade (1857-1944), pianiste et compositrice française. Autrice de 400 œuvres musicales, presque toutes publiées, des pièces symphoniques (Les Amazones, 1888), des pièces pour piano et de nombreuses mélodies. Plus célèbre aux Etats-Unis et en Angleterre qu’en France, elle organise des tournées internationales pour faire connaître sa musique. Elle est la première compositrice à recevoir la Légion d’honneur.

Emilie du Châtelet (1706-1749), mathématicienne et physicienne française. Elle commente et traduit du latin en français les Principia de Newton (1687) sous le titre Principes mathématiques de la philosophie naturelle (publiés à titre posthume en 1759) où elle transpose le langage euclidien dans le langage analytique codifié par Leibniz. Outre ses nombreux travaux de physique, elle produit des œuvres philosophiques et littéraires dont le Discours sur le bonheur (publié à titre posthume en 1779). Emilie meurt en couches.

Camille Claudel (1864-1943), sculptrice française. Élève puis collaboratrice de Rodin, elle l’inspire à son tour. Elle crée plus d’une centaine d’œuvres majeures mais fait scandale en représentant des nus. Sa carrière est brisée par son internement, en 1913 et jusqu’à sa mort, dans un hôpital psychiatrique, à la demande de sa famille. Un roman d’Anne Delbée, en 1982, contribue à tirer son œuvre de l’oubli.

Marie Curie (1867-1934) et Irène (1897-1956), physiciennes et chimistes françaises. Née Polonaise, Marie étudie en France. Première femme à obtenir une chaire en Sorbonne (1909), première femme membre de l’Académie de médecine (1922). Ses recherches sur la radioactivité lui valent le Prix Nobel de physique (1903) et celles sur le polonium et le radium, celui de chimie (1911). Seule femme à recevoir deux Prix Nobel, elle est le seul savant à avoir été récompensée dans deux domaines scientifiques distincts. Durant la guerre 1914-18, Marie innove en transportant ses appareils de radiographie sur le front. Avec sa fille Irène, elles diagnostiquent les lésions en pratiquant, pour la première fois, des radiographies de soldats blessés. A 17 ans, Irène fut l’une des plus jeunes soldats. En tant que femmes, Marie et Irène ne sont pas décorées de la croix de guerre. Toutes deux décèdent d’une leucémie due à une trop forte exposition à la radioactivité. Irène obtient le Prix Nobel de chimie (1935) pour sa co-découverte de la radioactivité artificielle. Femme politique, elle est l’une des trois premières femmes à participer au gouvernement (1936). Directrice de l’Institut du Radium, elle co-fonde (1946) le Commissariat à l’Energie Atomique.

Catherine Duchemin (1630-1698), peintresse française. Fille d’un sculpteur, elle se spécialise dans la peinture de fleurs. Elle est admise en 1663 à l’Académie de peinture et devient la première femme à appartenir à une académie officielle en France. Il semble cependant qu’après son mariage avec le sculpteur François Girardon, elle ait cessé d’exercer. Il ne reste d’elle aucune œuvre identifiée.

Germaine Dulac (1882-1942), cinéaste, journaliste et féministe française. De formation musicale, d’abord journaliste féministe, elle écrit dans le journal « La Fronde » lancé par Marguerite Durand et dans « La Française », journal du Conseil National des Femmes Françaises. Puis cinéaste, elle réalise son premier film Les sœurs ennemies en 1915 et fonde une maison de production en 1910. Elle s’oriente ensuite vers le cinéma expérimental, « le cinéma pur » et réalise en 1927 un film avec l’écrivain Antonin Artaud La coquille et le clergyman. A partir de 1933, elle se consacre aux actualités filmées dont elle dirige le service de la firme Gaumont.

Louise Farrenc (1804-1875), pianiste, compositrice, pédagogue et musicologue française. Elle compose des pièces pour piano et de la musique de chambre avec piano et, ce qui est plus rare pour une femme au XIXe siècle, de la musique symphonique : deux ouvertures et trois symphonies, exécutées dans plusieurs pays d’Europe. Professeure de piano au Conservatoire de Paris durant 30 ans, elle s’est intéressée au répertoire ancien pour clavier qu’elle a publié avec son mari éditeur Aristide Farrenc.

Félicie de Fauveau (1801-1886), sculptrice française. Active en France pendant la Restauration, elle participe activement à l’insurrection royaliste vendéenne de 1832, est emprisonnée et vit ensuite en exil à Florence. Représentante majeure du style troubadour, son œuvre est caractéristique du courant néogothique.

Rosalind Franklin (1920-1958), biologiste et physico-chimiste britannique, elle réalise de remarquables clichés de molécules par diffraction des rayons X, déterminants pour comprendre l’ADN, puis utilise la technique de la cristallographie sur les virus pour comprendre l’ARN. Co-découvreuse de la structure en double hélice de l’ADN (1953). Ses deux co-découvreurs masculins, qui ont eu accès aux résultats des recherches de Rosalind à son insu, obtiennent le Prix Nobel de physiologie-médecine (1962) après sa mort d’un cancer dû à une surexposition aux radiations. L’Université Columbia la réhabilite en 2008 en lui attribuant à titre posthume le Prix Louisa Gross Horwitz.

Hrotsvitha de Gandersheim (vers 935- vers 1002), chanoinesse allemande, autrice de poèmes, de légendes et de six pièces de théâtre en latin inspirées de Térence. Depuis 1973, la ville de Bad Gandersheim attribue un prix littéraire en son nom à une femme de lettres.

Artemisia Gentileschi (1593-1652), peintre italienne de style caravagesque, active à Rome, Florence (où elle est la première femme à être admise à l’Académie du dessin), Venise, Londres et Naples. Violée à 19 ans par son professeur de peinture, elle représente souvent des femmes fortes tuant des hommes (Judith décapitant Holopherne). Son style vigoureux et virtuose lui vaut une grande célébrité.

Sophie Germain dite Antoine Blanc (1776-1831), mathématicienne française. Ses travaux sur la théorie des nombres et sur les déformations élastiques des corps trouvent une application en aérospatiale à la fin du XXe siècle. Se faisant passer pour un homme, elle entretient une correspondance avec le mathématicien Gauss et publie sa démonstration du théorème qui porte toujours son nom. Première femme à assister aux séances de l’Institut de France sans être l’épouse d’un des membres, elle entre à l’Académie des Sciences (1816). Elle rédige aussi des textes philosophiques dont des Considérations générales sur l’état des sciences et des lettres (publiées à titre posthume en 1833).

Chiquinha Gonzaga (1847-1935), pianiste, cheffe d’orchestre et compositrice brésilienne. Elle se sépare de son premier mari qui désapprouve sa carrière musicale, enseigne le piano, puis compose des opérettes qui lui apportent le succès. Elle dirige l’orchestre du théâtre de Rio de Janeiro et la fanfare de la police. Nombre de ses 77 œuvres lyriques acquièrent une popularité mondiale. Elle écrit plusieurs centaines de danses chantées, valses, polkas, tangos, mazurkas, habaneras, maxixes, modinhas et particulièrement choros, intégrant les rythmes des traditions populaires urbaines. Elle a composé en 1899 la première marche emblématique du Carnaval de Rio.

Alice Guy (1873-1968), cinéaste pionnière et féministe française, d’abord sténo -dactylo chez Gaumont, elle réalise son premier film La fée aux choux en 1896 (soit un an après la première projection publique des Frères Lumière considérée comme « l’invention » du cinéma) et plusieurs courts métrages, dont en 1906
Les résultats du féminisme. Dès 1910, elle est la première femme réalisatrice aux Etats-Unis. Elle y crée une maison de production qui fait faillite en 1922, elle revient alors en France. De retour aux Etats-Unis en 1927, la concurrence d’Hollywood ne lui permet pas de continuer à réaliser des films et elle ne retrouve même pas les bobines de ceux qu’elle avait tournés ! Ensuite, elle écrit des contes pour enfants et donne des conférences sur le cinéma.

Florence Henri (1893-1982), photographe suisse d’origine franco-allemande née à New York, proche du Bauhaus, du Dadaïsme et du Surréalisme. Elle se consacre au portrait, à la photo de mode et à la photo publicitaire, utilisant des miroirs pour créer des images fragmentées dans le style cubiste.

Hypatie d’Alexandrie (v. 370-415), mathématicienne, astronome et philosophe grecque. Elle écrit des commentaires sur L’Arithmétique de Diophante, sur Les Coniques d’Apollonius de Perga et sur Les Tables de Ptolémée. Elle meurt lapidée par des moines sur ordre de l’évêque d’Alexandrie, probablement à cause de son influence.

Elisabeth Jacquet de la Guerre (1665-1729), claveciniste, organiste et compositrice française. Enfant prodige, elle joue du clavecin à la cour de
Louis XIV dès l’âge de cinq ans. Elle publie, à 22 ans, un important recueil de pièces de clavecin. Elle a composé deux opéras. Céphale et Procris est la première œuvre d’une femme à avoir été jouée à l’Opéra de Paris (1694). Très renommée en son temps, elle publie aussi des sonates pour violon et clavecin et des cantates sacrées.

Frida Kahlo (1907-1954), peintre mexicaine. Handicapée par une poliomyélite puis par un grave accident, elle peint malgré une santé très précaire une œuvre engagée où elle traite de la condition des femmes à travers de nombreux autoportraits. Elle se défend d’être surréaliste : « Je n’ai jamais peint de rêves. Ce que j’ai représenté était ma réalité. »

Oum Kalsoum (1898 ?-1975), chanteuse égyptienne. Fille d’un chanteur religieux, elle fait partie de l’ensemble familial vêtue en garçon pour interpréter les chants réservés aux hommes. Au Caire, elle élargit son répertoire aux poèmes d’amour ou traitant de l’histoire de l’Egypte. Elle connaît une célébrité immense, par l’enregistrement, les concerts radiophoniques et des tournées internationales. La beauté et la puissance de sa voix, le parfait contrôle du souffle et de l’ornementation, sa capacité à développer une chanson pendant plus de 45 minutes par le biais d’une improvisation en phase avec son public, en ont fait l’une des plus grandes chanteuses du monde arabe.

Germaine Krull (1897-1985), photographe allemande anti-colonialiste et féministe, célèbre pour sa participation aux avant-gardes des années 1920-1940. Son engagement politique lui fait échapper de peu à la peine de mort en Bavière en 1919. Elle est active à Berlin, à Paris où elle se rapproche des Surréalistes, à Monaco puis aux USA et à Brazzaville pendant la 2e guerre mondiale, enfin à Bangkok et en Inde. Pionnière dans les domaines du portrait, du paysage industriel, du photo-journalisme, son œuvre est à la fois moderniste et engagée.

Adelaïde Labille-Guiard (1749-1803), peintresse française, pastelliste et miniaturiste, célèbre pour ses portraits. Séparée de son mari à 30 ans, elle exerce en tant que professionnelle reconnue tant sous l’Ancien régime que pendant la Révolution et enseigne son métier à de jeunes femmes. Elle est admise en 1783 avec Elisabeth Vigée-Lebrun à l’Académie de peinture qui à l’époque avait établi un quota de quatre femmes (le nombre d’hommes n’étant pas limité). Elle tente en vain, en 1791, de faire ouvrir plus largement l’Académie aux femmes.

Marie-Madeleine Pioche de la Vergne, comtesse de Lafayette (1634-1693), autrice française de romans et de mémoires. Formée à la littérature dans les salons précieux, elle réunit dans son propre salon les grands esprits de son temps. C’est sous le nom de certains de ses amis, cependant, qu’elle publie ses romans, sa condition sociale ne lui permettant pas de se présenter comme autrice. La Princesse de Montpensier (1662), Zaïde (1671) et surtout La Princesse de Clèves (1678) font d’elle une pionnière du roman d’analyse psychologique.

Marie Lenéru (1875-1918), dramaturge française, ayant vécu en Bretagne. Sourde et malvoyante à l’âge de 12 ans, elle étudie auprès de sa mère par l’intermédiaire du seul toucher. Sa vue s’améliore ensuite partiellement. Elle écrit de nombreuses pièces de théâtre jouées à l’Odéon (Les Affranchis, 1908, La Paix, 1920) et à la Comédie Française (La Triomphatrice, 1917) ainsi qu’un journal de sa vie.

Ada Lovelace (1815-1852), mathématicienne britannique, considérée comme la première programmeuse informatique. Elle traduit du français à l’anglais une description de la machine à calculer de Babbage qu’elle complète, corrige et annote. Elle développe cette machine analytique, ancêtre mécanique de l’ordinateur, et élabore un algorithme considéré comme le premier véritable programme informatique. Elle prévoit d’autres applications de cette machine, comme la composition musicale. En son honneur, le langage de programmation du Département de la Défense des Etats-Unis est nommé langage ADA.

Barbara McClintock (1902-1992), biologiste états-unienne, membre de la National Academy of Sciences (1944), seule femme à recevoir individuellement le prix Nobel de physiologie-médecine (1983). Généticienne, elle produit la première carte génétique du maïs (1931) et, améliorant les techniques d’observation des chromosomes, prouve l’échange entre chromosomes par enjambement (crossing-over) (1931) et découvre les transposons, gènes « sauteurs » (1950), l’un des moteurs de la bio-diversité. Le scepticisme sur ses recherches concernant les mécanismes génétiques et la régulation génique la contraint à arrêter de publier (1953). Ses résultats sont réhabilités dans les années 1960, grâce à leur redécouverte par d’autres chercheurs.

Maupin (Mlle, 1670-1707), chanteuse d’opéra française, interprète de Campra et Lully, elle fut appréciée pour la beauté de sa voix et la puissance de ses interprétations scéniques. Bisexuelle, se costumant volontiers en homme, elle a inspiré le roman de Théophile Gautier, Mademoiselle Maupin (1835).

Vivian Meier (1926-2009), photographe d’origine new-yorkaise. Elle vécut toute sa vie dans l’anonymat en travaillant en tant que nounou et réalisa près de
120 000 photos de rue sans toujours pouvoir les développer faute de moyens. Son œuvre ne fut découverte qu’après sa mort.

Maria Merian (1647-1717), peintre et naturaliste allemande. Elle réalise des milliers de peintures savantes qui précisent ses observations naturalistes. Pour son œuvre artistique sur les fleurs, elle développe de nouvelles techniques d’impression. Entomologue, elle travaille sur le cycle de vie des insectes, comme les métamorphoses des papillons. Lors de sa mission scientifique au Surinam (1699), elle constitue une collection, répertorie de nouvelles espèces tropicales qu’elle décrit, peint et nomme. Les derniers billets de 500 Deutsche Mark gravés à son effigie lui rendent hommage.

Tina Modotti (1896-1942), photographe d’origine italienne et militante révolutionnaire ayant vécu une grande partie de sa vie au Mexique. Elle rejoint à 16 ans son père émigré aux USA, devient actrice de cinéma muet et modèle du photographe Edward Weston dont elle est l’assistante en échange de son enseignement. Au Mexique, elle se tourne vers le reportage photographique pour rendre compte du mouvement politique des peintres muralistes mais aussi de la vie des femmes mexicaines. Expulsée en Europe pour son action révolutionnaire, déçue par le réalisme soviétique, elle s’engage dans la Guerre d’Espagne, et finit sa vie au Mexique.

Marguerite Monnot (1903-1961), compositrice française. Après des études au Conservatoire et avec Nadia Boulanger, elle se tourne vers la chanson. Elle écrit de nombreuses chansons pour Edith Piaf (La Vie en rose, J’ai dansé avec l’amour, La Goualante du pauvre Jean, Milord) et sur des textes de Piaf (Chanson bleue, Hymne à l’amour), mais aussi pour Yves Montand (Ma môme, ma p’tite môme) et bien d’autres. Elle compose de la musique de film mais refuse l’invitation d’Hollywood. Sa comédie musicale Irma la douce (1956) connaît un grand succès à Londres et à New York (Broadway).

Berthe Morisot (1841-1895), peintre française. Ne pouvant, en tant que femme, étudier aux Beaux-Arts, elle prend avec sa sœur Edma des cours particuliers de peinture mais réagit contre le style académique de son professeur. Edma cesse de peindre après son mariage mais Berthe poursuit toute sa vie une carrière indépendante et laisse plus de 400 œuvres. Elle contribue à la création du mouvement impressionniste dont elle est une des figures les plus marquantes.

Jeanne Roques dite Musidora (1889-1957), actrice, réalisatrice et écrivaine française, elle incarne la première « vamp »  du cinéma dans Les vampires et  Judex  de Louis Feuillade en 1915 et 1917. Puis, elle réalise des adaptations de romans de Colette avec qui elle a donné un spectacle de cabaret au Bataclan, en 1910. Elle tourne en Espagne dans les années 20, revient en France où elle est l’égérie des Surréalistes. Après 1930, elle publie des romans, fait du théâtre et à partir de 1944, travaille avec Henri Langlois à la Cinémathèque.

Aurélie Nemours (1910-2005), peintre et poétesse française. Elle s’inscrit dès 1949 dans le courant de l’abstraction géométrique, travaillant sans concessions les couleurs pures, les formes issues du carré, les relations entre l’horizontal et le vertical.

Madeleine Pelletier (1874-1939), bio-anthropologue et médecin française. Par ses recherches sur le squelette, elle remet en cause la nature des femmes et La prétendue infériorité psycho-physiologique des femmes (1904). Première femme docteur en psychiatrie, elle ne put exercer cette spécialité car en tant que femme elle ne disposait pas des droits civiques. L’une des plus brillantes femmes politiques du XXe s. Féministe radicale (dès 1906), ayant choisi des vêtements masculins, elle milite pour les droits des femmes, le droit à la libre disposition de leur corps (1913), le droit de vote (dès 1906) et le droit au travail (1931). Comprenant les mécanismes du patriarcat, Madeleine propose L’éducation féministe des filles (1914). Elle meurt en prison, incarcérée en 1939, pour avoir pratiqué des avortements.

Clémence Royer (1830-1902), bio-anthropologue et philosophe française. Elle traduit de l’anglais au français l’œuvre de Darwin (1859) sous le titre De l’Origine des espèces par sélection naturelle avec préface et notes (1862-1872). Première femme de la Société d’Anthropologie de Paris, première femme ayant le droit d’enseigner à la Sorbonne (1884) et à recevoir la Légion d’honneur pour ses travaux scientifiques (1900), elle fonde la Société des études philosophiques et morales. Ses études philosophiques, d’économie politique, d’histoire et préhistoire, concernent aussi les femmes. Féministe, elle milite pour leur instruction, elle écrit la Philosophie des femmes (1859), collabore au « Journal des femmes » et à « La Fronde » avec Marguerite Durand et Séverine.

Oumou Sangaré (née en 1968), autrice, compositrice et interprète malienne. Fille d’une musicienne de la tradition Wassoulou (sud du Mali), elle s’engage dès son premier album (Moussoulou, « Femmes », 1990) pour les droits des femmes, particulièrement contre l’excision, les mariages précoces et la polygamie. Elle mêle dans sa musique la tradition africaine et des influences internationales, rock, funk ou soul. Elle est également cheffe d’entreprise à Bamako et ambassadrice de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture).
Voir « Y’a d’la joie »

Sappho ou Sapho (vers 630- vers 580 av. J.C.), poétesse et musicienne grecque, ayant vécu à Mytilène, dans l’île de Lesbos, autrice d’un Hymne à Aphrodite et de nombreux poèmes pour la plupart perdus ou conservés à l’état de fragments. On en retrouve cependant encore, dernièrement en 2014. Extrêmement célèbre dans l’Antiquité (on la nomme la « 10e muse »), elle chante en s’accompagnant de la lyre et de la harpe et enseigne aux jeunes filles. On lui attribue l’invention du mode musical lydien et de la strophe poétique dite « strophe sapphique ». Son nom est attaché à l’amour lesbien. Ses poèmes ont inspiré entre autres Louise Labbé, Ronsard, Racine et ont été traduits par Renée Vivien et Marguerite Yourcenar.
Voir aussi la « Marche des lesbiennes »

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696), écrivaine française, épistolière, autrice de plus d’un millier de lettres, notamment à sa fille, Françoise-Marguerite de Grignan. C’est dans cette correspondance privée mais destinée à être lue par un cercle de connaissances, publiée progressivement dans les siècles qui ont suivi sa mort, qu’elle parvient à la perfection d’un style qui ne semble rechercher que le naturel.

Ethel Smyth (1858-1944), compositrice et militante féministe anglaise. Contre l’avis de son père, elle part étudier la composition à Leipzig. De retour en Angleterre, elle compose des pièces symphoniques et de chambre et six opéras créés en Angleterre et en Allemagne. Elle devient une figure importante de la vie musicale anglaise. Elle fait activement partie du mouvement pour le suffrage des femmes, est emprisonnée pendant deux mois, et écrit une Marche des femmes (1911).
https://www.francemusique.fr/player/export-aod?content=5ee51114-f753-4bae-b66a-71150bd47d2f

Sabina von Steinbach (XIIIe siècle), sculptrice alsacienne. Fille de l’architecte bâtisseur de la cathédrale de Strasbourg, Erwin von Steinbach, elle sculpta les figures du portail Sud de cet édifice. Son nom figure sur le parchemin que tient la statue de Jean l’évangéliste.

Gerta Pohorylle dite Gerda Taro (1910-1937), photographe allemande. Juive, elle quitte l’Allemagne nazie en 1933 et travaille à Paris à l’agence Alliance-Photo. Liée avec Robert Capa, elle contribue à la reconnaissance de son compagnon mais sa propre œuvre en est invisibilisée. Durant la guerre d’Espagne, elle se sépare de Capa pour diffuser ses photos sous son nom. Première femme reporter photographe tuée dans l’exercice de ses fonctions, elle meurt à 27 ans alors qu’elle couvrait des combats près de Madrid.

Germaine Tillion (1907-2008), ethnologue française. Spécialiste des sociétés méditerranéennes, elle effectue une vingtaine de missions en Afrique du Nord et au Moyen Orient et explore les Aurès (Algérie) avec Thérèse Rivière (1935) puis seule. Sa thèse pionnière d’ethnographie sur les Berbères se développe dans son séminaire d’ethnologie du Maghreb. Grande figure du réseau de résistance du Musée de l’Homme, elle est déportée à Ravensbrück (1943) où elle organise une résistance au système concentrationnaire, y écrivant même une opérette pour lutter par le rire. Pendant la guerre d’Algérie, elle milite contre les exécutions capitales par la France et les attentats des indépendantistes algériens. Elle soutient le mouvement d’émancipation des femmes de Méditerranée qui sont contraintes à de multiples grossesses et à privilégier les fils. Son livre Le Harem et les cousins (1971) et sa prise de position contre l’excision (1979), perçus par certains intellectuels comme colonialistes, suscitent des réactions hostiles. Elle est la deuxième femme à devenir Grand-croix de la légion d’honneur et à entrer au Panthéon (2015).

Marie-Catherine de Villedieu (vers 1640-1683), poétesse, romancière, dramaturge française, autrice notamment de la tragi-comédie Le Favori (1665), jouée en son temps par Molière et devant Louis XIV à Versailles, et du roman Les Désordres de l’amour (1675). Elle produit de nombreux ouvrages, vit de sa plume et crée le genre du roman-mémoires (Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière, 1671).

Jeanne Villepreux-Power (1794-1871), biologiste française. Elle explore la Sicile dont elle établit une carte historique et archéologique augmentée d’un inventaire de ses faunes, flores et minéraux. Travaillant sur les mœurs et la biologie de diverses espèces, elle participe à la naissance de la biologie expérimentale en étant la première à adapter les aquariums pour l’étude in vivo du monde marin. Ses travaux sur l’Argonaute (Mollusque céphalopode) résolvent la grande controverse qui oppose les naturalistes Owen et Blainville. Elle appartient à 16 sociétés savantes dont la Zoological Society of London, la Société Cuvierienne de Paris et l’Académie des Sciences de Catane dont elle est la première femme membre. Oubliée, elle est réhabilitée en 1997 par l’Union Astronomique Internationale qui donne son nom à un cratère de Vénus.

https://lesvoixrebelleschansonsfeministes.wordpress.com

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