Chères figures surgies du passé… Nous ne sommes pas sans histoire

Dans son introduction à « la chanson anarchiste des origines à 1914 » Gaetano Manfredonia reprend la classification des chansons politiques de Josy Manenso qui distingue dans les chansons politiques les chansons « louangeuses ». Les chansons sur les femmes du temps passé sont à classer dans cette catégorie. Elles permettent de se retrouver autour d’une admiration et d’un ressourcement dans l’image d’une militante féministe aujourd’hui disparue, mais toujours présente dans l’esprit de nos combats. Les Voix Rebelles chantent quelques chansons qui évoquent ces femmes du passé. L’une d’elles est dédiée à Olympe De Gouges ; elle n’a pas été écrite par les voix rebelles mais par les Femmouzes de Toulouse en juin 1996. Olympe de Gouges, la première à avoir parlé du « droit des femmes » semble une référence incontournable.

Les autres chansons ont été écrites par les Voix Rebelles à des moments différents. Pour ecrire une chanson sur une féministe du passé, il faut d’abord choisir un air qui corresponde à son histoire. Pour Flora Tristan, Isabelle Poivert a choisi la Complainte de Fualdes, magistrat assassine au XIXème siècle. Le mode de la complainte convient à la vie difficile et romanesque de Flora. Pour Louise Michel il s’est imposé la Makhnotchvina, d’Étienne Roda-Gil repris du Chant des Partisans de S.Alimov T.Atourov. L’anarchiste Louise Michel se chante sur l’air qui exaltait l’anarchiste ukrainien Nestor Makhno. Pour Nathalie Le Mel, communarde discrète et courageuse, c’est le Temps des Cerises qui a été choisi. Enfin Simone de Beauvoir, dame de la Rive Gauche, se chante sur « il n’y a plus d’après à Saint-Germain-Des-Prés » .

Une fois l’air trouvé, il faut essayer de dire l’essentiel en peu de mots. Transmettre le message, l’histoire et éventuellement citer des œuvres. Pour Flora on évoque ses difficultés familiales, on cite son livre LUnion Ouvrière, son souhait d’un palais pour les parias, son désir d’égalité des hommes et des femmes et sa lutte contre la misère. La chanson se termine en affirmant la persistance du message de Flora et de son combat : « Flora Tristan n’est pas morte ».

Pour Louise Michel, on évoque le rouge et noir de l’anarchie, le commune, le combat contre les versaillais, la mort de ferre, l’exil a Nouméa, la rencontre avec les Canaques, le soutien qu’elle a toujours trouvé dans ses amitiés féminines, la reprise de son combat à son retour en France. La chanson reprend des mots de Louise : « Gare pour le vieux monde quand les femmes diront ça suffit ! ». Elle se termine dans une sorte de fusion avec Louise Michel : « ton jupon noir est un drapeau ».

La chanson sur Nathalie Le Mel est centrée sur le destin de la Commune, l’action de Nathalie auprès des pauvres et des blessés, l’exil à Nouméa avec Louise. Elle se clôt sur une déclaration de fidélité : « On te garde au cœur ».

Simone de Beauvoir chantée sur une musique de Guy Béart évoque Montparnasse, la Coupole, Saint-Germain-Des-Prés , son œuvre littéraire et son importance capitale pour les femmes. Les Voix Rebelles la remercient pour sa lutte, pour les conquêtes gagnées avec elle. La chanson traduit une véritable tendresse pour l’autrice du Deuxieme Sexe.

Chantées souvent en répétition ou en public ces chansons sont reprises en chœur avec enthousiasme par des femmes ; elles sont une façon de partager notre héritage et de renforcer notre énergie pour le combat.

Monique Surel-Tupin, 2012

Publicités