NOTRE RÉPERTOIRE : LES CHANSONS DU MLF

L’ORIGINE DE NOTRE RÉPERTOIRE : LES CHANSONS DU MLF

Comme tout mouvement de libération, le Mouvement de Libération des Femmes a son Hymne… des Femmes et ses chants de dénonciation, de revendications, de révolte et d’amour… Les couplets retracent les luttes, les conflits mais aussi les espoirs, les joies et les fêtes. Ils ont été écrits à l’occasion d’événements marquants graves ou joyeux et de diverses manifestations pendant les années 1970 à 1979. Les féministes ont en effet toujours chanté et ce dès le début du mouvement. Certes la première apparition publique du MLF s’est faite sans musique le 26 août 1970 à Paris, où une dizaine de femmes ont tenté de déposer une gerbe sous l’Arc de Triomphe à « plus inconnue que le soldat inconnu… sa femme ». Mais celles-ci se sont mises à chanter au poste de police, où elles avaient été emmenées pour ce premier « sacrilège » !

Nous avons essayé de rechercher comment les textes avaient été rédigés, sur quel air connu et pourquoi. Nous avons eu la chance que deux de nos amies Josy Thibaut et Anne Marie Balagny aient participé à la rédaction de plusieurs chansons et elles nous ont raconté. De plus les informations données par l’ouvrage collectif « MLF, Textes Premiers » (Stock, 2009) et le livre de Cathy Bernheim « Perturbation, ma sœur » (Le Félin, 2010), nous ont été précieuses pour savoir comment les groupes se sont formés à Paris en 1970, après les premières rencontres aux Beaux-Arts, souvent à partir des groupes de « conscience » qui faisaient aussi du théâtre, des scénettes, des gags et des slogans.

Les « Petites Marguerites » a sans doute été le premier groupe qui ait écrit des chansons dans le Mouvement, mais peut on vraiment parler de groupe ? Quelques unes (et pas forcément les mêmes) se réunissaient et lançaient des paroles pour la manifestation du lendemain. Ce « groupe » s’est appelé ainsi en référence au film anticonformiste de la cinéaste tchèque Véra Chytilova, symbole du « Printemps de Prague » et de la contestation dans les « Pays de l’Est », depuis les années 1967. Monique Wittig écrivaine et initiatrice du mouvement lesbien, Christiane Rochefort écrivaine, Christine Delphy sociologue et Marie Jo Bonnet historienne (qui a composé elle-même plusieurs chansons) en faisaient partie mais ce ne sont pas forcément elles qui ont écrit les paroles car la création était toujours collective. Ce sont les « Petites Marguerites » qui ont composé l’Hymne des Femmes fin mars 1971, pour une manifestation à Issy-les- Moulineaux, commémorant le centenaire du déclenchement de la Commune de Paris le 28 mars 1871, en reprenant l’appel des femmes « communeuses ». L’autre chanson « phare » du MLF, que l’on doit aussi aux « Petites Marguerites », La Guérilla, véritable hymne lesbien et pacifiste, est tout à fait dans la mouvance « peace and love » de ces années 70 !

A Paris, d’autres groupes qui se réunissaient dans le 15ème rue Blomet « Les Lesbiennes Radicales », dans le 13ème près de la Place d’Italie (comme les « Petites Marguerites » d’ailleurs), dans le 14ème, rue d’Alésia chez Zaza Boa, les « Babouches font du rock mou », ont écrit de nombreuses chanson à l’occasion des grandes manifestations du MLF. Ce sont « Les Babouches »qui ont fait un show époustouflant lors de la grande réunion à la Mutualité en 1972. Nous recherchons le groupe qui a écrit « Causes toujours , tu m’intéresses » pour la Foire des Femmes à Vincennes en 1973. Nous aimons chanter ces paroles ironiques, en souhaitant avoir l’accent convaincant de Mistinguette quand elle reprenait : « C’est vrai ! ». Pour nous, il s’agit de soutenir que « Notre libération ce n’est pas du bidon ! ». Josy Thibaut et bien d’autres ont participé à la création de « Trois pas en avant, trois pas en arrière » , qui se danse facilement, pour se moquer de l’ « Année de  La Femme » ! (expression typiquement masculine, réfutée par le MLF ) et célébrée par le gouvernement français en 1975. Le seul couplet de « Patriarcat » composé pour la Manifestation Homosexuelle, à Belleville en 1976 dit tellement le sexisme ordinaire qu’il n’y a rien à ajouter à ces quelques lignes, sinon d’en faire un bis !

À Marseille, le groupe qui se nomme modestement, mais sans doute pour mettre en valeur le travail domestique : «  La Serpillière » compose, dans les années 1976, entre autres et sur de airs d’opérette de Vincent Scotto : « La Rue », au moment où le MLF lance le slogan : « Viol de nuit, terre des femmes ». Et peut être, en lien avec les groupes musicaux féministes de Padoue ou de Rome, le groupe crée « La Chanson contre le Viol » où le viol en temps de guerre (c’est la fin de la guerre au Vietnam) et les viols domestiques sont mis en contrepoint.

Les airs des chansons féministes sont souvent choisis parmi ceux des chants les plus virils, égrillards ou nationalistes pour être détournés ou repris « pour les femmes », du Chant du Départ de l’époque de la Révolution, au Petit vin blanc des années 1940. Le premier pour évoquer dans, « Au niveau du discours » le conflit entre le groupe Psychanalyse et Politique et les autres courants du MLF et se gausser du langage psychanalytique, le second dans « Le divorce », pour critiquer le mariage qui « met les femmes en cage ». Dire en quelques mots l’oppression patriarcale sur une chanson d’amour de Tino Rossi (Marinella), ou la peur des femmes, la nuit dans la rue, sur l’air (certes arrangé) de « J’ai rêvé d’un amour qui durerait toujours », n’est-ce pas la manière la plus subtile de prouver que le féminisme est en rupture avec la société traditionnelle ?

Des airs à la mode ou très connus sont repris soit pour être parodiés, soit car ils sont en accord avec les sujets traités, par exemple La Guérilla de Serge Gainsbourg où est transposée la guérilla amoureuse et la guérilla politique, les femmes refusant les deux, ou l’Hymne sur le Chant des Marais (écrit par un déporté politique allemand dans un camp nazi de Poméranie, région marécageuse) pour montrer que les femmes subissent une oppression totalitaire, non reconnue.

Les paroles sont presque toujours impertinentes, les textes ironiques et les jeux de mots comme les slogans cherchent autant à convaincre qu’à se faire plaisir, le caractère festif est très présent dans la plupart des textes. Lorsque les sujets sont graves les phrases prennent de l’ampleur et deviennent des déclarations militantes pour revendiquer Égalité et Liberté et bien sûr valoriser les femmes. Il est bien sûr impossible d’écrire ce qui « passe » au-delà des mots par ces chansons car comme toute les chansons il faut les écouter, mais aussi car un mouvement comme le MLF ne se raconte pas !

La Guérilla se termine par : « Tout ce qu’on (nous les femmes) fait est bien ! ». C’est pourquoi, les Voix Rebelles ont décidé d’en faire un bis et terminent leurs répétitions par cette chanson et elles les commencent par l’Hymne des Femmes. Les chansons du MLF ont été les premières de leur répertoire.

Nicole Savey, 2012

Publicités